la tourelle des déchus

Ta main protectrice

couvre le vide martial

qui m’habite.

Ta main est tendue

entre humeur chienne

et mère louve.

Le vent a tourné

la petite girouette

est glacée

et ne sait plus à quel saint

se vouer.

Le vent souffle

et dépose un sel crasse

sur ma carcasse.

Je t’ai attendu mille ans

sur le pont des amants!

Le pont bélier

croule

je suis à court de flèches,

la chasse a courre

tourne court.

Je tourne bride

et cherche une bande de terre

du haut de mon perchoir,

mon assommoir.

Un courant d’air

balaie l’ivraie

de mes artères

et un sang neuf

un millésime de poison inédit

élit domicile.

Je prêche,

perché sur ma tourelle;

j’appelle la tourterelle

d’un roucoulement maîtresse.

Mon chant est unilatéral,

théâtral

et ne rime ni avec passion

ni compassion.

Vice primeur!

Coeur primal!

Mon âme de vingt printemps

jusqu’aux noces funèbres

laissons-là les coups bas

et de guerre lasse

hissons le drapeau

bien au chaud

sous les draps!

Mars 2010

the river is going down

La rivière chante

a mon chevet

elle lave mes plaies;

marraine de mes peines.

Je m’en vais

dans ses lames,

elle éclipse la souffrance

de mon sang;

elle s’écoule

et dans sa chevelure m’étouffe…

puis elle continue sa course

vers les grands fonds

où mes secrets y seront plus sûrs

enfin le soleil est à jamais perdu

et se disperse

dans la froideur des pépites;

-c’est du micaschiste?-

mars 2014

pain

Petit lot humain

que je suis,

je laisserai ma peine

sur cette pierre

puis je passerai mon chemin…

tu n’y pourras plus rien…

j’aurais fait ma peine

sur cette terre,

j’aurais trouvé un autre chemin…

et là encore,

tu n’y pourras plus rien…

j’ai joué les misérables

en cage,

j’ai peiné à la tâche,

j’ai accepté les chaînes

du diable…

tu étais puissant alors…

mais je ne peinerai

plus à la tâche

pour payer mon pain,

je trouverai la grâce

sur le front des miens…

ce sera aussi injuste

que ta toute puissance

mais il n’y aura plus de pion à jouer,

ce sera la fin…

mars 2014

les sentes de rome

Je sens le chemin

s’ouvrir à moi,

voie royale!

Le pécheur est mon compagnon de foi.

est-ce un sentier de gloire

qui brûle les doigts?

mon regard est liée à cette flèche

qui part tout droit.

Puis le centre,

la cour des miracles!

dans le champ des possibles

je tourne autour

sans savoir comment

respirer.

Les chemins de traverse;

qu’en faire?

Je laisse les marécages des cris,

des pleurs

de l’enfant de jadis,

Je renonce aux ténèbres

qui festoient de ma chair

pour assurer leurs arrières

qu’en est-il du sacrifice?

Quel tribut

pour quel dieu égoïste?

Il n’ y a pas d’écho

dans mes cavernes primaires

sinon le battement d’ailes

d’un être qui se révèle

à lui-même.

Je choisis le bélier

qui garde le cap

à tout prix

Mon pas est lourd

mais souriant au plus fort

de la tempête…

mai 2014

 

 

les bocaux rococo

Combien de fois

faut-il se perdre

dans les bois

avant d’abandonner le soi?

Larguer l’âme maudite

au bord du vide…

larguer le coeur sacré

au banc des suppliciés…

nous tournons en rond

dans des bocaux

trop vides,

trop avides

de vies désertées…

nous tournons et retournons

les sermons

dans nos têtes

cherchant de formules secrètes

et ne trouvant que des ossuaires…

une clochette

sortie des oubliettes

tente de rétablir l’équilibre

mais le chaos règne sur le ring

et la plume est trop volatile,

anxiogène,

pour délivrer nos ailes

de leurs blasphèmes…

2010/2011

les belles farouches

Le luxe exulte sur la canopée

Le gratin évolue dans des sphères

et fleurit dans des paradis artificiels

les restes pour les macaques primaires

parsèment le ciel.

Les clameurs du peuple

restent bloqués dans les ascenseurs

aussi hermétiques

que toxiques.

Nos cendres se recyclent

encore et encore

sur le pavé de la misère;

monde moderne,

monde cruel.

Je les vois

battre la semelle,

ces belles farouches,

guerrières

a l’aube tirées du lit.

Belles dénudées exténuées

brisées par l’effort maternel,

dévorées par la pension alimentaire,

glacées devant des portes gigantesques.

Leurs dents crissent

devant la potion des Rois

Ces demi potions

deviennent les poisons

qui grisent

puis aigrissent.

Ces guerrières

aux rameaux bien portants

finissent broyées dans l’économie carnassière

et dévorées par des requins qui prospèrent.

On se mêle à la poussière

on finit par baiser la boue…

janvier 2014

 

 

le vieillard et la willis

Le temps coule

jusqu’à sa source

comme un vieillard ébahi

de pouvoir encore s’asseoir

sous son saule chéri.

Le temps coule

jusqu’à sa source

charriant des larmes hémophiles

qui rêvent du cristal d’ Olympie.

Rien ne s’assagit

au soleil de midi

des nappes sauvages

rampent vers les saints rivages…

rien ne s’assagit

même sous la grâce divine

l’ancre amère

s’aggrippe, rebelle,

aux bras noueux de la Willis…

août 2010

la faille san andréas

Le saut était-il celui

de l’ange

qui renie son être

jusqu’à son duvet

le plus intime?

Je me cogne à tes regrets:

pour la première fois

je me perds en toi

et j’ai froid.

Le soliflore se brise:

la potion onirique

des amants bénis

se dissout

dans un bain

à remous sourds.

Pourquoi ne pas survivre

à cet acte maudit?

Le Temps nous couvre

d’une ombre bien mesquine,

nous crible de crachats;

avons-nous vraiment mérité cela?

L’amour dérive dans le ciel:

a qui le prendra

et le serrera

sur le coeur de l’autre;

a qui plongera

dans l’abîme de l’autre.

Le blâme se heurte

a chaque porte

et personne ne jette

son coup d’oeil.

Des bleus tapissent

mon coeur,

mes larmes cherchent

leur sauveur

Le soir gémit,

les lendemains pleurent;

qu’avons-nous trahi

de cette passion unique?

Mars 2009

 

guerre des clans

Mon coeur s’épanche

et tant va la guerre

qu’il ne se brise!

Si mes larmes pouvaient tenir

quelques secondes de plus

mais le plomb m’a corrompu.

Que reste-t-il

sur le champ de bataille

à part ma mauvaise tête

et ce sang ruisselant

sur des murs béants,

brisés par l’aveuglement?

Je t’attends

au milieu de mon carnage;

gigantesque!

Je guette ta descente

au milieu de mon ciel;

picaresque!

Juin 2010

gospel

Un jour

je me réveillerai

et le gospel inondera

mes draps blancs

de rayons de miel;

j’aurais alors trouvé la paix;

halleluia!

Je marcherai droit;

halleluia!

Je ne renoncerai plus à rien;

halleluia!

J’aurais trouvé la force

de saisir l’amour

à pleines mains

et d’en regarder chaque recoin

j’aurais trouvé la force

d’accepter cette flèche d’or

fichée en travers de mon coeur

de l’accepter,là, de rouiller

dans les ruisseaux de pierre

j’aurais trouvé suffisamment de force

pour cet équilibre précaire,

les jours de rage au ventre,

les jours de poisons subtils,

les jours de possibles envies

de destruction massive

j’aurais trouvé la force

de surmonter les crépuscules

qui se terminent en grands brasiers

et laissent,à l’aube,

un goût de cendres.

Je l’attendrais ce jour aimant,

ce messager ardent,

qui, malgré une guerre de cent ans,

retrouvera son habit d’amant.

J’attendrais ce jour

je ne soufflerai plus un mot

a la nuit;

j’attendrais sagement

au fond de mon lit…

mars 2014